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Budgets 2027 : le Gabon emprunte, le Cameroun creuse, le Tchad accélère

Trois pays, trois lectures de la même consigne. Le 7 octobre, l’UMAC a demandé aux États des lois de finances 2027 compatibles avec la soutenabilité de la dette. Libreville répond par un budget record financé par l’emprunt, Yaoundé par un déficit qui franchit 1 000 milliards, N’Djamena par une croissance qui surprend. Tous partagent une même facture : les subventions carburant.

Gabon : le plus gros budget, la plus grosse dette

Adopté le 18 septembre à Port-Gentil, lors du premier Conseil des ministres délocalisé de Brice Clotaire Oligui Nguema, le projet de loi de finances 2027 s’équilibre à 6 223,1 milliards de FCFA, en hausse de 727,9 milliards (+13,2 %) sur la loi rectificative 2026. À lui seul, le Gabon pèse 26,7 % des 23 260,6 milliards de budgets cumulés des six États, soit plus que le Congo, le Tchad, la Guinée équatoriale et la RCA réunis.

La progression ne vient pas des recettes mais de l’emprunt : 1 744,1 milliards à lever sur les marchés (600 sur le marché régional ou intérieur, 1 144,1 à l’international), 600 milliards d’appuis budgétaires attendus des partenaires, le tout sur une hypothèse de croissance de 4,5 % portée par le manganèse et la première production de fer. Le service de la dette grimperait à 667,3 milliards contre 487,6 dans le budget rectifié 2026.

C’est ici que les lectures divergent. Le ministre de l’Économie et des Finances, Thierry Minko, met en avant l’audit de la dette, qui a ramené le stock consolidé de référence à 9 524,6 milliards contre 11 700 estimés au départ. La Banque mondiale, dans sa Revue des finances publiques 2026, voit l’autre bout de la lorgnette : la dette souveraine devrait frôler 80 % du PIB fin 2026, et les grandes entreprises publiques cumulaient 1 064 milliards de dettes en 2024 pour 382,2 milliards de capitaux propres, des risques budgétaires évalués à 1 154 milliards, soit 9,1 % du PIB. La Gabon Oil Company porte à elle seule 861,3 milliards, héritage du rachat d’Assala financé par l’emprunt ; la SEEG affiche des capitaux propres négatifs. Une mission du FMI conduite par Aliona Cebotari a passé les finances publiques au crible du 14 au 25 septembre ; le budget 2027 fait partie du dialogue préparatoire à un programme.

Thierry Minko

Cameroun : la rigueur annoncée, le déficit qui s’élargit

La circulaire cadre de Paul Biya pour le budget 2027 insiste sur le resserrement des dépenses de fonctionnement et la soutenabilité de la dette. Dans le même temps, le ministère des Finances projette un déficit de 1 018 milliards de FCFA en 2027, un seuil jamais franchi. La mission du FMI dirigée par Christine Dieterich, à Yaoundé du 17 au 30 septembre, a identifié la cause la plus pressante : la flambée des subventions aux carburants, après une hausse de 0,6 point du déficit l’an dernier. La dette publique, elle, s’établissait à 44,3 % du PIB au premier trimestre 2026, avec un risque de surendettement jugé élevé par la Direction générale du Trésor française.

Le contraste est le même sur l’import-substitution. Le chef de l’État a reconduit le PIISAH pour 2027-2029, mais la première phase n’a mobilisé que 110 milliards sur 1 443 nécessaires, et les importations ciblées ont augmenté de 15 % en 2025, à 848 milliards. Avancée réelle en revanche, relevée par EcoMatin : le nettoyage du fichier solde atteint désormais les rangs du ministère des Finances lui-même, où 215 agents sont soupçonnés d’avoir perçu des rappels de salaires en double.

Tchad : la croissance avant la sécheresse

Le pays qui préside cette année le Comité ministériel de l’UMAC affiche les chiffres les plus flatteurs. Selon l’INSEED, le PIB réel a atteint 2 609,5 milliards de FCFA au deuxième trimestre 2026, en hausse de 4,1 % sur un an contre 3,2 % un an plus tôt. Le ratio de dette publique s’est stabilisé à 60,2 % du PIB à fin juin. La BAD attend 3,6 % de croissance en 2026, tirée par l’agriculture, avec une inflation qui pourrait monter à 4 %. Le bémol vient du Journal Le Pays : les comptes trimestriels mesurent ce qui a été produit avant la sécheresse d’août ; aucun bilan de la campagne agricole n’a encore été publié. Le Plan national de développement de Tahir Hamid Nguilin et de son gouvernement reste, lui, à financer : 30 milliards USD.

Ce qui les rapproche

La Banque mondiale place les trois pays à égalité, 3,7 % de croissance en 2026, devant le Congo (3,2 %) et la RCA (3 %), loin de la Guinée équatoriale, attendue en récession de 1,7 % par la BAD. Et tous paient la même facture : les 3 388,3 milliards de subventions carburant que la BEAC a chiffrés le 13 octobre, soit près de 5,8 milliards USD, l’équivalent de plus de la moitié du budget gabonais.

PaysDette publique (dernier chiffre)Signal du budget 2027Point de vigilance
Gabon9 524,6 Mds FCFA (audit, sept. 2026) ; ~80 % du PIB fin 2026 (Banque mondiale)6 223,1 Mds, dont 1 744,1 Mds à lever sur les marchésEntreprises publiques : 1 064 Mds de dettes, GOC et SEEG en tête
Cameroun44,3 % du PIB (T1 2026), risque de surendettement élevéDéficit projeté à 1 018 MdsSubventions carburant ; PIISAH financé à 7,6 %
Tchad60,2 % du PIB (fin juin 2026)PIB T2 à +4,1 % ; PND de 30 Mds USD à financerSécheresse d’août, bilan de campagne non publié

Les personnalités clés

  • Brice Clotaire Oligui Nguema et Thierry Minko (Gabon) : un budget de 6 223 milliards et un audit de la dette comme gages de crédibilité face au FMI ; visite d’État en Chine annoncée du 3 au 8 novembre.
  • Paul Biya (Cameroun) : la circulaire de rigueur et la reconduction du PIISAH, deux textes signés la même semaine, dont les chiffres se contredisent.
  • Christine Dieterich (FMI, Cameroun) et Aliona Cebotari (FMI, Gabon) : les deux cheffes de mission dont les conclusions pèseront sur les financements concessionnels de 2027.
  • Tahir Hamid Nguilin (Tchad) : à la fois ministre des Finances d’un pays en croissance et président du Comité ministériel qui réclame la discipline aux autres.

Le classement est donc moins simple qu’il n’y paraît : le pays au plus gros budget est aussi le plus endetté, le pays le plus diversifié creuse le déficit le plus profond, et le plus pauvre des trois affiche la croissance la plus rapide, en attendant la récolte.