En une semaine, la banque centrale et le Comité ministériel de l’UMAC ont pris trois décisions structurantes à N’Djamena. Le jour même où la BEAC publiait son rapport sur l’inflation, le Parlement de la CEMAC constatait que le budget communautaire ne pouvait pas être voté. Les institutions monétaires avancent ; les institutions politiques décrochent.
Le calendrier résume la situation. Le 5 octobre, le Conseil d’administration de la BEAC approuve la stratégie 2027-2030 de son Programme d’achat d’or domestique. Le 7, le Comité ministériel de l’UMAC retire cinq gammes de pièces et déplafonne les placements privés. Le 13, la banque centrale chiffre à 3 388,3 milliards de FCFA la facture 2026 des subventions carburant dans les six États. Le même 13 octobre, le président du Parlement communautaire, Fernand Sabaye, explique pourquoi ses députés ne voteront pas le budget de la CEMAC.
L’or : une réserve à construire, sans chiffres
Le PAOD prolonge la politique de monétisation de l’or arrêtée le 8 avril 2026 par l’UMAC. L’idée est simple : acheter le métal auprès des producteurs de la zone pour diversifier des avoirs extérieurs encore très dépendants des recettes pétrolières. Le point de départ est modeste : selon Investir au Cameroun, la BEAC détenait 6,28 tonnes fin 2025, un stock inchangé sur l’année, dont la valeur comptable a pourtant progressé de 159 milliards de FCFA grâce au cours du métal. Le communiqué du 5 octobre ne précise ni les quantités visées, ni les ressources mobilisées, ni la date des premières acquisitions. Infos Gabon résume les conditions pour que le programme devienne opérationnel : prix d’achat, critères de certification, transfert de propriété, traçabilité. Rien de tout cela n’est public.
La même session a nommé Taoukreo Hemwue Temwa directeur national de la BEAC pour le Tchad, pays qui préside cette année le Comité ministériel.

Les pièces de 1958 sortent de circulation
Le 7 octobre, sous la présidence du ministre tchadien des Finances Tahir Hamid Nguilin, le Comité ministériel a mis fin, à compter du 1er novembre 2026, au cours légal des pièces des gammes 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985. Le gouverneur Yvon Sana Bangui a annoncé une période d’échange d’un an ; les guichets habilités et les échéances précises restent à définir. La presse camerounaise évoque, en parallèle, trois milliards de nouvelles pièces destinées à résorber les pénuries de monnaie métallique. Là encore, le succès dépendra de la logistique : la capacité de la BEAC à alimenter régulièrement banques et circuits commerciaux.
Le marché financier déplafonné
Troisième décision, passée plus inaperçue : le règlement modificatif proposé par la COSUMAF et adopté le 7 octobre. À partir du 1er novembre, un émetteur pourra lever par placement privé plus de 20 milliards de FCFA sur douze mois, plafond jusque-là en vigueur ; le cercle des investisseurs qualifiés passe de 40 à 99, avec une limite de deux émissions par émetteur sur 24 mois glissants. Afrimag pose la bonne question : des entreprises nourries au crédit bancaire iront-elles vraiment sur le marché de la dette privée ?
Ce que la banque centrale réussit
L’inflation reste sous le seuil communautaire de 3 %, malgré le ralentissement de l’activité au deuxième trimestre, que le Comité ministériel attribue au dynamisme du secteur privé et à une gestion prudente des prix à la pompe. Le collectif budgétaire 2026 de la BEAC n’augmente que de 0,2 % par rapport au budget initial, un ajustement que le président du Comité qualifie lui-même de mineur. Et sur la durée, le bilan dressé par Paul Biya en décembre 2024 reste valable : les réserves de change ont doublé entre 2016 et 2024, grâce à l’exécution de plus de 60 % du programme de réformes. Le gouverneur, reçu le 9 octobre par Denis Sassou-N’Guesso à Brazzaville, fait la tournée des capitales pour tenir cette ligne.
Ce que les États ne font pas
C’est l’autre face du 13 octobre. Devant le Parlement de la CEMAC, Fernand Sabaye a pris acte de la décision du Conseil des ministres de l’UEAC de reporter le vote du budget communautaire : la Taxe communautaire d’intégration souffre d’un déficit chronique de reversement et les arriérés des États menacent, selon lui, l’existence même de la communauté. Voter un budget de pure forme aurait été, dit-il, une « faillite morale ». Le Comité ministériel de l’UMAC, de son côté, reconnaît que les retards dans la finalisation des assurances régionales avec le FMI freinent la mobilisation de financements concessionnels, et a exhorté les États à adopter pour 2027 des lois de finances compatibles avec la soutenabilité de la dette. Avec près de 5,8 milliards USD de subventions carburant à absorber cette année, l’injonction a peu de chances d’être suivie partout.
Les personnalités clés
- Yvon Sana Bangui, Centrafricain, sixième gouverneur de la BEAC, en poste depuis mars 2024 pour un mandat courant jusqu’en février 2031 : l’architecte du PAOD et du renouvellement monétaire.
- Tahir Hamid Nguilin, ministre tchadien des Finances, président en exercice du Comité ministériel de l’UMAC : c’est sous sa présidence que les trois décisions ont été arrêtées.
- Fernand Sabaye, président du Parlement de la CEMAC : la voix qui a refusé le budget de façade.
- Taoukreo Hemwue Temwa, nouveau directeur national de la BEAC au Tchad.
La banque centrale a désormais les outils. Le test, dans les douze mois, se lira sur deux lignes : le reversement effectif de la TCI par les Trésors nationaux et le contenu des lois de finances 2027.






