Libreville a repoussé la signature d’un programme avec le Fonds monétaire international pour d’abord compter ce qu’elle doit. La mission attendue en septembre dira si ce détour a payé.
Il y a des négociations qu’on retarde par faiblesse, d’autres par calcul. Le Gabon assure appartenir à la seconde catégorie. Au printemps, les marchés s’attendaient à un accord rapide avec le FMI. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi de ralentir. Sur France 24, il a expliqué qu’un accord serait bel et bien trouvé, mais seulement après un audit complet de la dette, pour « partir sur des bases claires ».
Un audit né d’une mission du FMI
Tout commence avec la visite d’une équipe du FMI conduite par Aliona Cebotari, à Libreville du 25 février au 6 mars 2026. Il s’agissait de discussions techniques, pas encore d’une négociation. Le 11 mars, le gouvernement demande formellement un programme. Dans la foulée, il crée une commission chargée d’auditer l’ensemble des engagements de l’État.
La commission doit reconstituer le niveau réel de la dette, selon les standards internationaux et les règles de la CEMAC. Le point de départ est connu : des irrégularités relevées sur la période 2016-2023. Des projets financés n’ont jamais vu le jour. Des facilités de crédit n’ont pas été reversées au Trésor. Autrement dit, une partie de la dette gabonaise a financé des choses qui n’existent pas.
Des chiffres qui ont fait bouger les marchés
La question n’est pas théorique. En février, les estimations situaient la dette publique entre 70 % et 75 % du PIB, au-dessus du plafond communautaire de 70 %. En avril, les obligations gabonaises ont reculé quand le FMI a relevé ses projections du ratio dette/PIB. Fitch table sur 79 % du PIB en 2026. Surtout, plus de 59,5 % de l’encours arrive à échéance en 2026-2027 : c’est un mur de remboursements.
L’été a changé l’ambiance. Selon Sika Finance, les conclusions préliminaires de l’audit suggèrent un endettement inférieur aux craintes. La perspective d’une restructuration imposant des pertes aux créanciers s’est éloignée. Le 30 juillet, Libreville a levé 920 millions de dollars sur les marchés internationaux, à sept ans et au coupon de 9,375 %, pour un objectif de 750 millions.
Une précision évite les contresens. L’encours du Gabon auprès du FMI a baissé, jusqu’à environ 319 millions de DTS fin août. Ce n’est pas un désendettement : ce sont des remboursements prévus au contrat de programmes passés.
Ce que la mission de septembre doit trancher
Trois questions attendent les négociateurs. La première : la version finale de l’audit confirmera-t-elle les chiffres préliminaires ? Si les écarts sont minimes, le Gabon aura gagné en crédibilité. S’ils sont importants, les marchés reviseront leur jugement.
La deuxième : quelles conditions le FMI mettra-t-il sur la table ? Masse salariale, subventions et arriérés intérieurs devraient être au cœur de la discussion. Le gouvernement vient d’accorder aux enseignants un protocole de régularisation chiffré à 16 milliards de FCFA.
La troisième : que fera l’État des responsabilités identifiées par l’audit ? Une dette « reconstituée » sans suite judiciaire ni administrative ne rassurera personne longtemps.
Libreville vise un programme avant la fin de l’année. Le calendrier est serré. Il est aussi le premier vrai test du discours de souveraineté budgétaire du nouveau pouvoir.






