Le quatrième recensement général de la population a été prolongé une deuxième fois, faute d’avoir couvert 60 % du territoire. Derrière le retard administratif, une question budgétaire et politique : on ne gouverne pas un pays qu’on ne sait pas compter.
Le dernier recensement complet du Cameroun date de 2005. Ses résultats ont été publiés en 2010. Depuis, la population a changé de visage : exode rural, déplacés internes des régions anglophones et de l’Extrême-Nord, croissance des périphéries de Douala et Yaoundé. Les politiques publiques, elles, continuent de s’appuyer sur des projections construites à partir de données vieilles de vingt ans.
Une opération qui cale
Fin juillet 2026, la presse économique camerounaise rapportait une deuxième prolongation de l’opération. La couverture restait inférieure à 60 %. Les causes évoquées sont très concrètes : agents recenseurs payés en retard, abandons de poste, performances insuffisantes dans plusieurs départements.
Un recensement est une opération logistique lourde, qui repose sur des milliers d’agents temporaires. Quand leur paie traîne, ils partent. Chaque prolongation coûte de l’argent et fragilise la qualité des données, car une population comptée sur plusieurs mois se déplace entre-temps.
Pourquoi c’est un sujet économique
Le recensement n’est pas une formalité statistique. Il fixe la base de nombreuses décisions.
- La décentralisation. Les transferts de l’État vers les communes et les régions devraient suivre la population réelle. Avec des chiffres faux, certaines collectivités sont surfinancées et d’autres étranglées.
- Les services publics. Le nombre d’écoles, de centres de santé et de forages se planifie par habitant. Les périphéries urbaines, sous-estimées, en paient le prix.
- La carte électorale. Le découpage des circonscriptions et la répartition des sièges dépendent des effectifs.
- Les indicateurs macroéconomiques. Le PIB par habitant, le taux de pauvreté et la dette par tête, que suivent le FMI et la CEMAC, reposent sur le dénominateur démographique.
Chaque indicateur publié sur le Cameroun porte donc une marge d’erreur que personne ne mesure.
Ce qu’il faut exiger
Un pays peut rater un calendrier. Il ne peut pas se permettre de rater la qualité. Trois garanties méritent d’être demandées au Bureau central des recensements et des études de population (BUCREP) : la publication régulière du taux de couverture par région, un calendrier de paiement des agents rendu public, et un audit indépendant de la qualité avant toute diffusion des résultats.





