Malgré un environnement mondial marqué par des tensions géopolitiques persistantes et des conditions financières encore contraignantes, le continent africain démontre une résilience remarquable. Avec une croissance de l’Afrique subsaharienne qui devrait se consolider pour atteindre 4,3 % en 2026, le continent voit émerger de véritables champions économiques. Toutefois, la gestion de la dette et l’inclusion sociale demeurent des défis colossaux pour transformer cette dynamique en développement humain et durable.
L’année 2026 s’annonce comme un tournant décisif pour l’économie africaine. Selon les dernières prévisions de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), l’activité en Afrique subsaharienne devrait progresser, passant de 4,1 % en 2025 à 4,3 % en 2026. Cette dynamique positive s’explique par le reflux de l’inflation, qui permet un assouplissement progressif des politiques monétaires et restaure partiellement le pouvoir d’achat des ménages. De plus, les prix des matières premières, notamment les minerais critiques pour la transition énergétique, maintiennent des niveaux favorables aux exportateurs. Cependant, cette croissance globale met en lumière des trajectoires économiques diverses.

Les locomotives : L’Afrique de l’Ouest et de l’Est en pole position
Le classement des dix pays les plus dynamiques met en évidence la prépondérance de l’Afrique de l’Ouest et de l’Est.
- La Guinée (9,3 %) : Elle se distingue comme le champion incontesté de la croissance africaine pour 2026. Cette performance exceptionnelle s’explique principalement par le démarrage en novembre 2025 de l’exploitation du gisement de minerai de fer de Simandou , soutenu en parallèle par une demande chinoise vigoureuse pour sa bauxite.
- Le Rwanda (7,2 %) et l’Éthiopie (7,1 %) : Ces deux pays confirment leur statut de locomotives économiques de l’Afrique de l’Est. Le Rwanda poursuit sa transformation en s’appuyant sur le numérique et le secteur des services, qui représente plus de 50 % de son PIB. L’Éthiopie, de son côté, bénéficie de réformes macroéconomiques ambitieuses, de la création de la bourse d’Addis-Abeba et d’investissements massifs dans les infrastructures, comme le Grand Barrage de la Renaissance.
- Le Bénin (7,0 %) et la Côte d’Ivoire (6,4 %) : Ces économies ouest-africaines illustrent les bénéfices d’une diversification active au-delà des matières premières traditionnelles (comme le cacao en Côte d’Ivoire) , conjuguée à des investissements ciblés dans la modernisation de leurs infrastructures portuaires et agricoles.
🔎 Focus : Quelle place pour l’Afrique centrale et la CEMAC face aux champions continentaux ?
Le classement des dix pays avec la plus forte croissance prévue en 2026, dont la Gambie occupe la dixième place avec 5,5 %, ne compte pas de pays d’Afrique centrale, bien que des exceptions notables émergent dans la région. Pour s’aligner sur les performances de la Guinée ou de la Côte d’Ivoire, les économies de la zone CEMAC doivent relever des défis structurels communs à l’ensemble du continent : * Créer de la valeur ajoutée locale : La dépendance aux matières premières expose les économies aux volatilités des marchés internationaux. Le raffinage et la transformation locale des ressources représentent un enjeu majeur pour consolider les bénéfices économiques. * Accélérer sur l’agro-industrie : L’agriculture emploie près de 60 % de la population active en Afrique. La modernisation agricole, la mécanisation et le développement des chaînes de valeur agro-industrielles constituent un levier essentiel de croissance inclusive. * Combler le déficit infrastructurel : Les investissements énergétiques, particulièrement hydroélectriques, sont indispensables pour résoudre le déficit structurel en électricité qui freine le développement industriel.
Des moteurs de croissance sectoriels bien identifiés
Au-delà des spécificités nationales, l’analyse sectorielle révèle des leviers transversaux de développement à travers le continent:
- Le boom des minerais critiques : Le secteur extractif constitue le moteur le plus visible de la croissance en 2026. La demande mondiale pour le lithium, le cobalt, le cuivre ou la bauxite crée une opportunité historique pour les pays détenteurs de ces ressources.+1
- La modernisation de l’agriculture : Des pays comme l’Éthiopie, le Rwanda et la Côte d’Ivoire démontrent les gains de productivité réalisables grâce à des politiques agricoles ambitieuses.
- Le rattrapage infrastructurel : Les routes, ports, chemins de fer et infrastructures énergétiques représentent un moteur de croissance significatif en générant des externalités positives sur la compétitivité globale.

L’envers du décor : Le mur de la dette et l’urgence sociale
Si les perspectives pour 2026 sont encourageantes, elles ne doivent pas masquer l’ampleur des défis structurels qui pourraient limiter l’impact de cette croissance sur le développement humain.
- La vulnérabilité de la dette : C’est une préoccupation majeure. Selon la Banque mondiale, 53 % des pays admissibles aux ressources de l’Association internationale de développement (IDA) sont déjà surendettés ou fortement menacés de le devenir. Ces niveaux d’endettement limitent drastiquement les dépenses publiques d’investissement.
- L’emploi et la pauvreté : L’Afrique subsaharienne doit absorber jusqu’à 12 millions de nouveaux entrants sur le marché du travail chaque année, alors qu’elle ne crée que 3 millions d’emplois salariés annuels. Environ 464 millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté en 2024.
- Les risques climatiques : Les sécheresses et les inondations affectent lourdement la stabilité macroéconomique et la sécurité alimentaire. Près de 120 millions d’Africains sont actuellement confrontés à une insécurité alimentaire aiguë.
En conclusion, la résilience économique africaine constitue un atout précieux, mais elle ne suffira pas à elle seule. L’Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf) offre un cadre prometteur pour accélérer l’intégration régionale et créer des économies d’échelle propices à l’industrialisation, étape indispensable pour garantir un développement véritablement durable.



