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VivaTech 2026 : l’heure des palmarès et des grandes voix de la tech

Pour sa dixième édition, VivaTech a vu les choses en grand : le salon a investi le Hall 7 sur trois étages, élargi sa surface d’exposition de 30 % et rassemblé quelque 180 000 visiteurs, 15 000 start-up et plus de 4 000 investisseurs autour d’un fil rouge sans ambiguïté — « Artificial Intelligence: Impact, Not Illusion ». Fini les effets d’annonce : cette année, l’intelligence artificielle se juge à ses résultats concrets, déclinée autour de quatre axes (IA et productivité, cybersécurité et défense, souveraineté et éthique, énergie et mobilité), avec l’Allemagne en Country of the Year et l’Inde en AI Country Partner.

Cette troisième journée, la dernière réservée aux professionnels avant l’ouverture au grand public samedi, a été celle des palmarès. Sur la Stage One, la cérémonie des VivaTech Startup Prizes a refermé le concours phare du salon ; côté médias, les Bloomberg Awards ont distingué quelques-unes des figures qui façonnent la décennie technologique en cours.

Female Founder Award : cinq fondatrices, une lauréate révélée sur la Stage One

Huit ans après sa création, le Female Founder Award reste l’un des temps forts de VivaTech — et un signal envoyé à tout l’écosystème, dans un secteur où les entreprises fondées ou cofondées par des femmes ne captent encore qu’environ 12 % des financements en capital-risque. Cette édition, marquée par la HealthTech et la DeepTech, a réuni 444 candidatures issues de 85 pays, sélectionnées avec Forvis Mazars, IRIS, JCDecaux, C’est Qui La Boss ? et SISTA.

Après les pitchs de la veille, cinq finalistes étaient en lice pour le titre dévoilé aujourd’hui :

  • Robeauté (France) — des microrobots thérapeutiques conçus pour diagnostiquer, traiter et surveiller le cerveau avec une précision inédite, portés par sa cofondatrice et COO Joana Cartocci.
  • Revolty (France, stand 2D16-044) — une alternative au stockage solaire résidentiel fondée sur le reconditionnement de batteries lithium-ion issues de la mobilité et de l’industrie, cofondée par Mathilde Janicot.
  • Ark Climate (Allemagne) — une plateforme de données pensée pour aider les villes à mesurer et piloter leur action climatique, fondée par Ruth Bosse à Munich.
  • ExoMatter (Allemagne, stand 3F29-044) — une deeptech des matériaux qui accélère la découverte et la sélection de matériaux innovants.
  • Endolith — une approche de récupération durable des métaux qui réinvente l’extraction minière à partir du vivant.

Une affiche qui dit beaucoup de la maturité du concours : on est loin de la seule FemTech, ces fondatrices s’attaquant désormais à des enjeux systémiques — santé, énergie, climat, matériaux, mines. Toutes repartent avec une visibilité accrue, des mises en relation avec des investisseurs et un accompagnement dédié ; la gagnante, elle, bénéficiera d’un coaching à la levée de fonds et d’un programme de mentorat sur cinq mois.

Bloomberg Awards : les visages d’une décennie technologique

L’autre temps fort de la journée, ce sont les Bloomberg Awards, qui ont récompensé des personnalités au croisement de la recherche, de l’entrepreneuriat et de l’investissement :

  • Visionary AwardSir Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web, cofondateur et CTO d’Inrupt.
  • Leadership AwardJoe Tsai, fondateur et chairman d’Alibaba Group.
  • Momentum AwardYann LeCun, executive chairman d’AMI Labs.
  • Breakthrough AwardPeter Steinberger, créateur d’OpenClaw et membre de l’équipe technique d’OpenAI.
  • Investor AwardJeannette zu Fürstenberg, présidente et directrice générale de General Catalyst.
  • Rising Star AwardMay Habib, cofondatrice et CEO de Writer.
  • CitizenTech Award — l’Ukraine.

Un palmarès qui résume, à lui seul, les lignes de force de l’édition : la souveraineté et la confiance numériques, la bascule vers les modèles ouverts, l’IA « physique » et la place grandissante des fondatrices dans la tech.

Les phrases qui ont marqué le salon

Au-delà des trophées, ce sont les mots des dirigeants qui auront donné le ton de cette édition. Florilège.

Sur la souveraineté numérique, Aliette Mousnier-Lompré (Orange Business) a posé un constat lucide : « La souveraineté numérique n’existe pas. La chaîne d’approvisionnement est si complexe et imbriquée que personne ne sera absolument souverain. » Pour elle, les clients arbitrent au sein d’un triangle prix–innovation–confiance — et « la confiance, ce n’est pas la souveraineté : c’est la résilience, les options, le fait de ne pas être enfermé dans une seule solution ».

Chez Siemens, Cedrik Neike a rappelé que certaines tâches ne tolèrent aucune approximation : se tromper sur une puce gravée à un nanomètre, c’est risquer de jeter « un demi-milliard, voire un milliard de dollars de wafers » — un domaine où, dit-il, les estimations de l’IA ne suffisent tout simplement pas.

Mohammed Kandé (PwC) a acté un glissement de cap : « À l’origine, nous cherchions des gains de productivité, comme tant d’autres. Aujourd’hui, c’est la croissance de valeur qui prime. » Et de prévenir : l’IA n’est pas qu’une affaire de technologie, c’est avant tout une transformation du modèle d’entreprise lui-même.

Dans la même veine, Valérie Baudson (Amundi) a défendu la maîtrise de sa propre technologie comme moteur d’innovation : « Posséder notre technologie nous rend plus innovants, cela accélère l’innovation. Cela a toujours été vrai, et c’est vrai avec l’IA. »

Le débat sur l’open source aura, lui, été incarné par Joe Tsai (Alibaba) : un modèle ouvert que l’on télécharge dans son propre centre de données — ou même sur son ordinateur portable — « n’a plus rien à voir avec Alibaba », une réponse, selon lui, au besoin des entreprises de protéger leurs données propriétaires.

Cette quête de confiance a son revers : la gouvernance. Ana Paula Assis (IBM) a rapporté l’inquiétude d’un grand assureur, plus préoccupé que jamais par la cybersécurité faute de visibilité sur ses propres systèmes. Pour elle, deux éléments deviennent décisifs : la gouvernance, et « l’orchestration des multiples agents » que les entreprises déploient désormais dans leurs environnements.

Côté usages grand public, Thibault Sottiaux (OpenAI) a décrit une demande qui explose depuis GPT-5.5, notamment côté entreprises, et une mission assumée : mettre « une AGI personnelle dans la poche de chacun », capable de comprendre l’utilisateur et de l’aider, au travail comme dans la vie privée. Peter Steinberger (OpenClaw) a, lui, livré une formule promise à durer : « On ne peut pas faire surgir les choses d’un simple prompt, même sans tout comprendre en détail. L’agent est infiniment patient : il suffit de lui demander ce dont on a besoin. »

Le poids du salon s’est aussi mesuré à la tribune politique. Narendra Modi, Premier ministre indien — l’Inde étant cette année AI Country Partner de VivaTech —, a fait de l’inclusion sa ligne directrice : « La technologie ne peut conduire au progrès que si elle est démocratisée. » Dans cette ère de disruption, a-t-il plaidé, l’IA doit améliorer les vies, élargir l’accès, soutenir la croissance et aider à préserver la planète — une vision que reflète, selon lui, la présence indienne à VivaTech 2026.

Enfin, Elizabeth Stone (Netflix) a résumé une position de plus en plus partagée dans les industries créatives : fournir des outils, laisser le choix aux créateurs. Certains ne veulent rien avoir à faire avec l’IA, « et c’est très bien » ; d’autres y voient le moyen de donner vie à des récits autrement impossibles. « C’est un choix de créateur, et nous voulons être là pour le soutenir, dans toute sa diversité. »

Demain, place au public

Avec ces palmarès, VivaTech 2026 a refermé son volet professionnel. Samedi 20 juin, le salon ouvre ses portes au grand public via le VivaTech Festival : robots humanoïdes, démonstrations spectaculaires et ateliers, pour clore en beauté une édition anniversaire qui aura, dix ans après ses débuts, tenu sa promesse — montrer que la tech se mesure désormais à son impact, pas à ses illusions.