Paris, Porte de Versailles, 15-17 septembre 2026. À une semaine de l’ouverture de la 48ᵉ édition du salon professionnel du tourisme, quatorze responsables africains figurent sur la liste officielle des personnalités attendues, soit 40 % des officiels annoncés. Sur les sept ministres du Tourisme étrangers recensés, cinq viennent du continent. Un rapport de force protocolaire qui contraste avec la place réservée à l’Afrique dans la communication du salon.
Ce que dit le salon, et ce qu’il ne dit pas
L’IFTM 2026 se tient dans le Hall 1 de Paris Expo Porte de Versailles, du mardi 15 au jeudi 17 septembre. Pays à l’honneur : l’Ouzbékistan, jusqu’à donner son nom à la salle plénière, rebaptisée « Arena by Ouzbékistan ». Fil rouge de l’édition : « La valeur du voyage », décliné en trois axes (valeur économique et territoriale, valeur humaine et sociale, valeur durable et collective).
L’Afrique est l’une des neuf zones marché du plan de salon, aux côtés des Caraïbes, de l’Europe-Méditerranée, du Moyen-Orient, de l’Asie-Pacifique, des Amériques et de l’océan Indien. Elle apparaît en tête de l’énumération dans les supports de l’organisateur. Rien d’autre.
Car dans le détail du programme, l’Afrique est absente. L’article de présentation des conférences et temps forts publié par IFTM le 8 juin sur TourMaG déroule la conférence inaugurale, le Panorama International, les baromètres voyage d’affaires, MICE et intelligence artificielle, les concours (Orchestra Start-Up Contest, Travel Agents Cup, Plume Verte) et les soirées. Pas une ligne sur le continent. Même silence dans le compte rendu de la conférence de presse de lancement publié par L’Écho touristique en juin, entièrement consacré au matchmaking business travel, au billet Premium et aux ambitions de fréquentation.
Il faut aller chercher une brève de La Revue des Hôtels, publiée le 15 août, pour apprendre que la Convention Afrique revient et qu’elle occupera le mercredi et le jeudi. C’est peu, pour un rendez-vous qui rassemblait une centaine d’exposants africains l’an dernier.
Les quatorze noms de la liste officielle
L’espace presse d’IFTM publie et actualise une liste des personnalités attendues. La version mise en ligne le 8 septembre recense 35 officiels. En voici la part africaine, toutes annoncées pour le mardi 15 septembre, jour de l’inauguration.
Ministres
| Pays | Personnalité | Portefeuille réel |
|---|---|---|
| Cap-Vert | José Pimenta Lima | Tourisme |
| Madagascar | Lucie Vololoniaina | Tourisme et Artisanat |
| Sénégal | Alpha Thiam | Culture, Artisanat et Tourisme |
| Seychelles | Amanda Bernstein | Tourisme et Culture |
| Tunisie | Sofiane Tekaya | Tourisme et Artisanat |
Ambassadeurs en France
Alfred Nguia Banda (Gabon), Betty Cherwon (Kenya), Teeko Tozay Yorlay (Libéria), Joël Marie Rault (Maurice), Sabine Böhlke-Möller (Namibie), Doreen Ruth Amule (Ouganda), Saidi Yakubu (Tanzanie), Dhia Khaled (Tunisie), Judith Mulenga (Zambie).
Deux précisions s’imposent. D’abord, le salon simplifie les intitulés : Alpha Thiam n’est pas ministre du Tourisme mais de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, un ministère à trois têtes qui en dit long sur le poids budgétaire réel du secteur. Ensuite, la liste ne vaut pas inventaire : elle recense les venues déclarées au service de presse, pas les délégations exposantes. Une absence sur ce tableau ne signifie pas une absence du salon.

Quatre ministres sur cinq sont arrivés il y a moins d’un an
C’est l’élément le plus significatif de cette liste, et il n’est signalé nulle part.
Lucie Vololoniaina a été nommée à Antananarivo fin octobre 2025, en remplacement de Viviane Dewa. Amanda Bernstein a pris le portefeuille seychellois début novembre 2025, après Sylvestre Radegonde. Alpha Thiam a été nommé à Dakar le 1ᵉʳ juin 2026, dans le gouvernement d’Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, succédant à Amadou Ba. Quant au Cap-Vert, le pays a changé de majorité : le PAICV a remporté les législatives du 17 mai 2026 et le gouvernement de Francisco Carvalho est entré en fonction le 19 juin. Seul Sofiane Tekaya, en poste à Tunis depuis août 2024, fait figure de vétéran.
Autrement dit, l’IFTM 2026 sera pour l’essentiel un salon de prise de contact, pas de suivi. Les tour-opérateurs et réceptifs qui avaient négocié à Paris en 2024 ou 2025 retrouveront des interlocuteurs différents. Dans un secteur où les accords de promotion et les ouvertures de lignes se construisent sur trois à cinq ans, cette rotation est un coût rarement chiffré.
Les absents, et pourquoi cela compte
Le Maroc n’apparaît pas sur la liste. L’Égypte non plus, ni l’Algérie, ni la Côte d’Ivoire, ni la RD Congo, dont le ministre Didier Mazenga Mukanzu présidait le Club Afrique en 2025. Encore une fois, ces pays peuvent exposer et envoyer des délégations sans figurer au protocole. Mais le constat mérite d’être posé, parce qu’il concerne exactement les marchés qui portent la croissance du continent.
Le Maroc a accueilli environ 19,8 millions de visiteurs en 2025 et encaissé 138 milliards de dirhams de recettes en devises, en hausse de 21 %, chiffres confirmés fin janvier 2026 par le ministère de Fatim-Zahra Ammor sur la base des données de l’Office des changes. À lui seul, le royaume concentre près du quart des arrivées internationales africaines. L’Égypte a progressé de 20 % en arrivées sur la même année. Les deux poids lourds du tourisme africain sont, sur le papier, les moins visibles dans le dispositif officiel parisien.
Côté personnalités publiques, le salon n’annonce que trois noms, tous liés au Comité du Tourisme des Îles de Guadeloupe. Aucun ambassadeur de destination africain, aucune figure culturelle du continent. C’est un choix d’exposant, pas une décision du salon, mais il traduit une différence de moyens marketing.
La Convention Afrique, quatre ans après
Le dispositif dédié au continent existe depuis 2023. Il est porté par Facility Concept, cabinet de conseil basé en Côte d’Ivoire, spécialisé dans le développement touristique africain.
Sa trajectoire est celle d’une montée en puissance réelle. En octobre 2023, une table ronde sur le tourisme domestique et 86 exposants attendus en zone Afrique. En septembre 2024, trois temps forts dont le forum d’investissement Cap Invest Africa et une conférence sur le soft power culturel, avec une quarantaine d’exposants dans la zone. En septembre 2025, une Salle Afrique dédiée, près de 100 exposants, un Club Afrique présidé par le ministre congolais Didier Mazenga Mukanzu, un concours Africa Startup coorganisé avec l’Open Tourisme Lab et une conférence sur le cinéma comme levier de promotion territoriale, avec David Mignot (Canal+ Afrique) et le réalisateur Simon Moutaïrou.
Pour 2026, on sait qu’elle se tiendra mercredi 16 et jeudi 17 septembre. Le décompte des éditions prête d’ailleurs à confusion : La Revue des Hôtels parle de troisième édition, alors que la presse professionnelle qualifiait déjà celle de 2025 de troisième, après 2023 et 2024. Il s’agit donc vraisemblablement de la quatrième participation du format au salon. Ni le programme détaillé, ni la liste des intervenants n’ont fait l’objet d’une diffusion large à une semaine de l’ouverture, contrairement à 2024 et 2025 où communiqués et articles circulaient dès début septembre.
Une année record, un plancher toujours bas
Le contexte est objectivement favorable. Selon le Baromètre du tourisme mondial d’ONU Tourisme publié le 21 janvier 2026, l’Afrique a accueilli 81 millions de touristes internationaux en 2025, en hausse de 8 %. C’est la meilleure progression régionale du monde, devant l’Asie-Pacifique (+6 %), l’Europe (+4 %), le Moyen-Orient (+3 %) et les Amériques (+1 %). L’Afrique du Nord tire l’ensemble avec +11 %. Trois destinations dépassent les 10 % de croissance des arrivées : Égypte (+20 %), Maroc (+14 %), Seychelles (+13 %). Côté recettes en monnaie locale, Maroc +19 %, Égypte +17 %, Maurice +10 %.
La dynamique s’est prolongée : +4 % d’arrivées en Afrique au premier trimestre 2026, avec un mois de mars à +18 % en Afrique du Nord, alors que la croissance mondiale ralentissait à +2 % sous l’effet du conflit au Moyen-Orient.
Il faut cependant remettre ces 81 millions à l’échelle. Ils représentent un peu plus de 5 % des 1,52 milliard d’arrivées internationales enregistrées dans le monde en 2025, pour un continent qui abrite près de 18 % de la population mondiale. La plus forte croissance mondiale s’applique à une base étroite, et elle est très concentrée géographiquement.
Les obstacles que le salon ne traitera pas
Quatre verrous structurels expliquent une bonne part de l’écart entre les discours et les résultats. Aucun ne se règle sur un stand.
Le coût d’accès aérien. Rejoindre Dakar coûte environ 118 euros par passager en accès aérien, contre 59 euros pour la Gambie, 47 pour le Cap-Vert et 27 pour le Maroc. Sur un produit balnéaire court séjour où ces destinations sont substituables, l’écart suffit à faire basculer un arbitrage de tour-opérateur. Plus largement, les redevances aéroportuaires et taxes en Afrique de l’Ouest dépassent fréquemment 100 dollars par passager selon l’IATA, contre une moyenne américaine de 40 dollars. La CEDEAO a supprimé les taxes sur le transport aérien intrarégional et réduit de 25 % les redevances passagers et sûreté au 1ᵉʳ janvier 2026. Huit mois plus tard, aucun bilan chiffré officiel n’a été publié.
Les visas. L’indice d’ouverture sur les visas de la Banque africaine de développement et de l’Union africaine situe la moyenne continentale à 0,448 en 2025. Un Africain peut entrer sans visa dans un autre pays africain dans 28 % des cas, contre 20 % en 2016. Mais le visa à l’arrivée a reculé de 28 % des situations en 2020 à 20 % en 2025. La dématérialisation progresse pendant que la facilitation à la frontière régresse.
Les statistiques. Le Sénégal a enregistré 780 000 arrivées internationales en 2023, puis 2,26 millions de visiteurs en 2024. L’écart tient au périmètre, pas à la fréquentation : les arrivées aux frontières incluent affaires, diaspora et transit régional. En Côte d’Ivoire, la part du tourisme dans le PIB revendiquée par le ministère est passée de 6,5 % en novembre 2025 à 8,7 % en juillet 2026 sans changement de périmètre annoncé ; le PPA-CI, dans une lettre ouverte du 23 juillet, l’estime plutôt autour de 2 % et réclame la méthodologie. Aucun des grands marchés africains ne publie de compte satellite du tourisme audité de façon indépendante. Un acheteur européen qui veut comparer deux destinations africaines n’a pas de base commune.
Les budgets. Le ministère sénégalais de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme dispose de 28,35 milliards de francs CFA en 2026, en recul de 1,8 % sur un an, l’année même où le pays lance ses états généraux du secteur. Plus largement, l’Afrique subsaharienne enregistre le score mondial le plus bas de priorisation gouvernementale du tourisme selon l’indice de développement du voyage du Forum économique mondial, en baisse de 9,8 % depuis 2019.
Il y a enfin un paradoxe que trois jours à Porte de Versailles ne résolvent pas. Le marché émetteur africain pèse déjà l’essentiel de la fréquentation de plusieurs pays du continent : 74 % des arrivées sénégalaises en 2024 venaient d’Afrique, et 78 % de la fréquentation burkinabè en 2025 était domestique. Les budgets de promotion, eux, continuent de viser prioritairement l’Europe. Venir à Paris a du sens pour capter un marché émetteur solvable. Cela n’a de sens que si ce n’est pas le seul effort consenti.

Cinq indicateurs à surveiller du 15 au 17 septembre
- Le nombre réel d’exposants en zone Afrique. Une quarantaine en 2024, près de 100 en 2025. Le chiffre 2026 n’a pas été communiqué. C’est le meilleur thermomètre disponible.
- La conversion des visites ministérielles. Cinq ministres et neuf ambassadeurs sur trois jours, cela se mesure en accords signés, ouvertures de lignes ou contrats de représentation, pas en photographies d’inauguration.
- L’animation des stands. Sur les trente animations déclarées au service de presse, deux seulement émanent d’acteurs africains : Africa Adventure Vacations, qui présente des produits ougandais le 15 septembre à 17h (stand T072), et le Palm Royale Resort de Soma Bay, en Égypte, le 16 septembre à midi (stand N054). À comparer aux cocktails, dégustations et concerts déployés par Israël, le Mexique, la Normandie ou TUI. Sur un salon B2B, l’animation n’est pas du folklore : c’est ce qui fait s’arrêter un agent de voyages.
- La fréquentation de la Convention Afrique. Un format qui se tient mercredi et jeudi, sur un salon dont l’essentiel du trafic se concentre le mardi, part avec un handicap.
- La présence effective du Maroc, de l’Égypte et de la Côte d’Ivoire. Trois marchés qui n’apparaissent pas au protocole mais qui pèsent l’essentiel des volumes et des recettes du continent.
Repères pratiques
- Dates et lieu : mardi 15 au jeudi 17 septembre 2026, Paris Expo Porte de Versailles, Hall 1 (9h30-19h, 18h30 le jeudi).
- Édition : 48ᵉ. Organisateur : RX France.
- Pays à l’honneur : Ouzbékistan.
- Chiffres 2025 pour référence : 32 022 visiteurs, plus de 1 650 marques, 177 destinations, 16 725 rendez-vous d’affaires, 28 500 m², 800 journalistes accrédités. L’organisateur vise 34 000 visiteurs et environ 1 700 marques en 2026.
- Badge : 130 € TTC jusqu’au 14 septembre, 210 € sur place. Gratuit pour la presse accréditée et pour les étudiants d’écoles accréditées, le jeudi à partir de 13h.


