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Eye Haïdara, maîtresse de cérémonie : le soir où Cannes a trouvé sa voix

Le 12 mai 2026, l’actrice franco-malienne a ouvert la 79e édition du Festival de Cannes. Une prestation saluée comme l’une des plus marquantes de ces dernières années sur la Croisette — et la démonstration, sur la plus grande scène du cinéma mondial, de tout ce qu’une comédienne peut porter en elle.

Il y a des entrées en scène qui disent déjà tout. Quand Eye Haïdara est apparue sur le plateau du Grand Théâtre Lumière, ce mardi 12 mai, elle n’a pas ouvert par un discours. Elle a ouvert par une chanson — « Sur l’écran noir de mes nuits blanches, moi je me fais mon cinéma », les mots de Claude Nougaro. En quelques secondes, le ton était posé : ce ne serait pas une présentatrice déroulant un protocole, mais une artiste qui allait prendre la scène.

Et elle l’a prise. Pendant de longues minutes, seule face au gratin du cinéma mondial, l’actrice a tenu la salle avec une aisance que la presse a unanimement relevée. ELLE Afrique a parlé d’une prestation « magistrale », « largement saluée dès les premières minutes », et de l’une des ouvertures les plus saluées de ces dernières années sur la Croisette. Le site officiel du Festival a décrit une maîtresse de cérémonie qui a fait vibrer la soirée « de toute son énergie et de sa générosité ». Succédant à Laurent Lafitte, Eye Haïdara n’a pas hérité d’un rôle : elle se l’est approprié.

Eye Haidara, cannes 2026

Une déclaration d’amour au cinéma

Le cœur de son intervention n’était pas une performance d’humoriste ni un exercice de communication. C’était une déclaration d’amour, lucide et habitée, au septième art.

« S’il y a un endroit qui continue de nous rapprocher, c’est ici, c’est Cannes, c’est le cinéma. » La phrase, simple, a donné la direction. Bientôt rejointe par le violon de l’Américaine Miri Ben-Ari — un instrument qu’elle suit depuis des années et qu’elle dit aimer pour sa puissance émotionnelle — Eye Haïdara a cité Godard : « On ne fait pas un film pour être prudent. »

Et elle en a fait un hommage. Un hommage à ceux qui choisissent de filmer ce qu’on préférerait ne pas voir. À ceux qui, à travers leurs films, nous rappellent que la vie est précieuse. Toute vie : « celle du héros et celle de l’anonyme, celle du puissant et celle de l’invisible ». Un hommage, aussi, à ceux qui choisissent de faire rire — « car rire est une forme de courage qu’on sous-estime toujours un peu ».

Puis cette image, qui résume à elle seule ce que le cinéma peut être : « Ces histoires qui résonnent là, au creux de notre poitrine, dessinent à elles seules toute l’humanité. »

L’émotion et l’humour, dans le même souffle

Ce qui a frappé, ce soir-là, c’est l’amplitude. Eye Haïdara est passée du registre grave au registre comique sans jamais perdre la salle.

Elle s’est adressée « à vous toutes et tous qui tentez de résister ici et ailleurs » — une pensée discrète mais nette pour l’état du monde. Elle a pris quelques secondes pour saluer la mémoire de Nathalie Baye, disparue le 17 avril, « une femme d’une immense élégance et d’une délicatesse infinie envers les autres » ; la salle a applaudi, l’émotion était réelle.

Et quelques minutes plus tard, elle faisait rire le Grand Théâtre Lumière en se moquant gentiment des critiques de cinéma — de la « cinglante, celle qui fait mal », à la « critique savante » qu’on accueille avec un sourire « mais qu’on n’a pas vraiment comprise ». Évoquer l’éléphant dans la pièce, devant une salle remplie de cinéastes qui affronteront la presse dès le lendemain, et le faire avec légèreté : il fallait l’aplomb d’une comédienne sûre de son texte et de son public.

Elle a refermé la soirée comme elle l’avait ouverte, par Nougaro et par une bénédiction : « Sur l’écran noir de mes nuits blanches, soyez sages, soyez fous ! Bon festival à tous ! »

Ce que cette soirée a révélé

On connaissait Eye Haïdara la comédienne — celle qui crève l’écran dans Le Sens de la fête de Toledano et Nakache, celle de la série En thérapie, celle qui a formé un duo avec Pio Marmaï dans À toute allure. Le 12 mai, on a vu autre chose : une interprète capable de porter, seule, sans personnage pour la protéger, une scène que le monde entier regardait.

Tenir le Grand Théâtre Lumière en direct, alterner le chant, le théâtre, l’émotion et l’ironie, faire exister un texte exigeant sans jamais le réciter — c’est un métier en soi, et c’est aussi la preuve d’une présence d’actrice. Cette ouverture n’a pas seulement lancé une édition du Festival. Elle a montré l’étendue d’un talent que le cinéma français a tout intérêt à employer pleinement.

Le rendez-vous est d’ailleurs déjà pris : c’est elle, encore, qui animera la cérémonie de clôture le 23 mai, quand sera remise la Palme d’or. Une manière, pour Cannes, de dire qu’il ne s’était pas trompé.

Eye Haïdara voulait « savourer ce moment ». Le cinéma, lui, ferait bien de se souvenir de cette soirée — celle où une actrice a rappelé, en une poignée de minutes, pourquoi on continue de se rassembler dans le noir devant un écran.