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Cameroun : Retour sur le 22 Septembre 2020, une journée de repression sous les radars internationaux.

YAOUNDÉ / DOUALA – Le 22 septembre 2020 reste gravé comme une date charnière de la contestation politique au Cameroun. Répondant à l’appel du Pr. Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), des centaines de citoyens étaient descendus dans les rues pour réclamer la paix au NoSo et une réforme du système électoral. Aujourd’hui, les rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch mettent en lumière l’ampleur de la machine répressive déployée ce jour-là.

L’Unité « Maképé Pilote » au cœur de la tempête à Douala
Si la capitale Yaoundé a vu la résidence de Maurice Kamto encerclée, c’est à Douala, et particulièrement dans l’arrondissement de Douala 5ème, que la répression a frappé de nombreux militants de base. Parmi les victimes formellement identifiées ce jour-là, les membres de l’unité « Maképé Pilote » ont payé un lourd tribut.

Selon les témoignages et les registres de l’époque, plusieurs figures de cette unité locale ont été interpellées lors du déploiement des forces de maintien de l’ordre. On compte parmi les personnes arrêtées :

Stéphane Soh, Célestin Pougnong, Nguefack Alain, Jean Kongby, Beas Salomon, M. Jacques Kamgaing

Ces citoyens, engagés au sein de la commune de Douala 5ème, ont été appréhendés alors qu’ils tentaient d’exercer leur droit constitutionnel à la manifestation pacifique.

Le constat accablant des ONG internationales
Les organisations de défense des droits de l’homme n’ont pas tardé à réagir à cette vague d’arrestations qu’elles qualifient de systématique.

Amnesty International, dans son rapport intitulé « Cameroun : La répression marque l’anniversaire du mouvement », a dénoncé le recours aux tribunaux militaires pour juger des civils. L’organisation souligne que :

« Plus de 500 personnes ont été arrêtées le 22 septembre 2020. Beaucoup ont été détenues arbitrairement, sans accès immédiat à un avocat, et poursuivies pour « tentative de révolution » ou « insurrection ». »

De son côté, Human Rights Watch (HRW) a documenté les conditions de détention et l’usage disproportionné de la force à Douala. Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior pour l’Afrique à HRW, rappelle que ces arrestations visaient avant tout à museler l’opposition :

« Les autorités camerounaises ont utilisé la loi anti-terroriste de 2014 pour criminaliser des activités politiques pacifiques. Les membres de l’opposition ne sont pas des terroristes, mais des citoyens réclamant des réformes. »

Un climat de peur persistant
Un an plus tard, si certains manifestants ont été libérés, le traumatisme reste vif pour les familles de l’unité Maképé Pilote et tant d’autres. Le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a d’ailleurs rendu l’Avis n° 63/2022, confirmant que la détention de ces militants était contraire au droit international.

Pour les observateurs, le 22 septembre 2020 demeure le symbole d’une liberté de réunion confisquée, où le simple fait de répondre à un appel politique peut conduire des citoyens ordinaires derrière les barreaux des prisons de New Bell ou de Kondengui.