Notations souveraines, marchés obligataires en monnaie locale, mines, énergie, assurance, microfinance : le programme de la treizième édition d’AFSIC – Investing in Africa, dévoilé en juillet et annoncé comme le plus dense de son histoire, coche presque ligne par ligne la liste des sujets qui font l’actualité financière de l’Afrique centrale. Rendez-vous les 13 et 14 octobre 2026 au Park Plaza Westminster Bridge, à Londres. Pour les Trésors, les banques et les entreprises de la CEMAC, la question n’est pas de savoir si la fenêtre existe, mais si la sous-région saura s’y présenter autrement qu’en spectatrice.
Un programme qui recoupe l’agenda d’Afrique centrale
L’organisateur, African Investments Limited, a confirmé en juillet la tenue de la treizième édition d’AFSIC – Investing in Africa, qu’il présente comme la plus complète jamais organisée. Le format reste celui qui a fait la réputation de l’événement depuis plus d’une décennie : deux journées pleines de panels, de présentations sectorielles et de sessions de mise en relation, dans un hôtel de Westminster, à quelques centaines de mètres du Parlement britannique.
La liste des thématiques annoncées mérite d’être lue attentivement depuis Yaoundé, Libreville, Brazzaville, N’Djamena, Malabo ou Bangui : mines et impact économique, fintech et cryptoactifs, notations souveraines et marchés obligataires en monnaie locale, assurance, santé, microfinance, éducation, énergie, infrastructures et développement durable.
Ce n’est pas un catalogue générique. C’est, à quelques nuances près, la table des matières des débats économiques qui traversent la CEMAC depuis dix-huit mois.
Notations souveraines : le sujet le plus explosif du programme
Le panel consacré aux notations souveraines et à la dette en monnaie locale arrive à un moment particulièrement chargé pour l’Afrique centrale.
Côté signatures, le tableau est contrasté et globalement tendu. Fitch Ratings a confirmé en avril 2026 la note souveraine du Cameroun à « B », en maintenant une perspective négative — l’agence relevant par ailleurs un recul de la dette publique à 41,2 % du PIB en 2025 —, avant d’aligner en juillet une nouvelle émission camerounaise à court terme en devises sur cette même note. Le Gabon, lui, évolue depuis la dégradation de décembre 2025 dans la zone « CCC- » en devises, avec un audit de la dette publique engagé par le ministère des Finances qui fait figure d’épreuve de vérité pour l’exercice.
Côté architecture de la notation elle-même, le calendrier est presque provocant : l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), portée par l’Union africaine via le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs et destinée à contester la primauté méthodologique des « Big Three », est attendue à Maurice précisément en octobre 2026. Or l’un des panels sponsorisés d’AFSIC 2026 est signé CareEdge — l’agence indienne qui a déployé une antenne africaine et qui se positionne exactement sur ce créneau des évaluations « calibrées » sur les réalités du continent.
Autrement dit, la salle londonienne accueillera, à quelques jours d’intervalle du lancement d’AfCRA, la discussion sur le fameux « African premium » : cette surprime de risque que les émetteurs africains estiment payer sans justification statistique. Pour des États CEMAC qui empruntent aujourd’hui au-delà de 7 % sur les maturités longues du marché régional, le débat n’a rien d’académique.

Dette en monnaie locale : la CEMAC a une histoire à raconter
Le second volet du même panel — les marchés obligataires en monnaie locale — est peut-être là où la sous-région dispose du meilleur argumentaire, à condition d’aller le défendre.
Les six États de la CEMAC ont programmé pour 2026 des émissions d’un volume total de 3 906,5 milliards de FCFA (environ 7 milliards de dollars) sur le marché des titres publics animé par la BEAC. Le cadre macroéconomique, sans être euphorique, s’est assaini : la BEAC a maintenu son taux directeur à 4,75 % lors de son Comité de politique monétaire du 2 avril 2026, table sur une inflation autour de 2,3 % — sous le seuil communautaire de 3 % — et sur des réserves de change remontées à plus de quatre mois d’importations, dans le sillage du PREF-CEMAC dont le suivi trimestriel a été entériné au sommet extraordinaire de Brazzaville du 22 janvier 2026.
La faiblesse est ailleurs, et elle est connue : la profondeur du marché. Les banques commerciales de la zone absorbent l’essentiel de l’encours BEAC, la BVMAC affiche un flottant réel étroit et des volumes quotidiens parfois dérisoires, et la base d’investisseurs reste captive. La première cotation de BGFI Holding Corporation, en mai 2026 sur le compartiment A-PREMIUM de la Bourse de Douala, a montré que l’appétit existe. Elle a aussi rappelé à quel point les opérations de cette taille restent rares.
C’est précisément le type de sujet — élargir la base d’investisseurs, attirer des porteurs non résidents sur du papier en francs CFA — qu’une conférence londonienne réunissant fonds de pension, DFI, family offices et gérants spécialisés permet d’aborder devant les bonnes personnes.
Meet the Investor, Deal Book, Deal Room : le vrai produit
Il faut être clair sur ce que vend AFSIC : pas du contenu, mais de l’accès.
Les formats de mise en relation constituent l’ossature de l’événement — sessions Meet the Investor, Fund Spotlight pour les gérants en levée, Deal Book recensant les projets, salle de rendez-vous bilatéraux dédiée et sessions de pitch sur site, y compris en format court. S’y ajoute le Meet African Dealmakers (MAD), soirée de networking organisée cette année au London Transport Museum et sponsorisée par British International Investment (BII), l’institution de financement du développement britannique — dont l’exposition en Afrique centrale francophone reste, historiquement, très inférieure à celle qu’elle affiche en Afrique de l’Est et australe.
Les organisateurs annoncent également une vingtaine de sommets d’investissement pays, financés par les États ou institutions qui les portent. C’est là que se joue une partie de la visibilité : un sommet pays n’est pas une faveur, c’est une ligne budgétaire. Les agences de promotion des investissements de la sous-région ont un arbitrage à faire.
Ce que l’article de presse ne dit pas
Un communiqué reste un communiqué, et l’exercice appelle trois réserves de méthode.
Un. Aucune institution identifiable comme basée en zone CEMAC ne figure dans la liste de sponsors communiquée. On y trouve le Maroc (Casablanca Finance City), l’Afrique du Sud (Brand SA), le Ghana (UKGCC), Maurice, les Îles Vierges britanniques, le Royaume-Uni, le Zimbabwe, le Sénégal. L’Afrique centrale francophone est, une fois de plus, absente de la table des financeurs de l’événement — ce qui en dit long sur sa capacité d’occupation de l’espace narratif international.
Deux. L’événement se tient intégralement en anglais, et la participation est payante — les grilles tarifaires, dégressives selon la date d’inscription, se consultent sur le site de l’organisateur. Pour une PME camerounaise ou congolaise, le coût complet (inscription, visa britannique, vol, hébergement à Londres en octobre) constitue un investissement réel, à mettre en regard d’un taux de conversion incertain.
Trois. Une conférence ne finance rien. Elle met en présence. Les obstacles qui découragent les investisseurs internationaux en Afrique centrale — la lourdeur perçue du règlement des changes CEMAC de 2018 sur les rapatriements et transferts, le déficit chronique de projets réellement bancables, la taille des tickets recherchés par les fonds de private equity (souvent bien au-dessus de ce que présentent la plupart des entreprises de la zone), la lenteur des procédures — ne se dissolvent pas dans un cocktail au Transport Museum.
Le calcul à faire
Reste que le rapport coût-opportunité penche du bon côté pour au moins trois catégories d’acteurs de la sous-région : les gérants de fonds en levée (le Fund Spotlight est fait pour eux), les institutions de microfinance et de crédit aux PME — dont plusieurs sponsors de l’édition sont des spécialistes, à l’image de Verdant Capital sur la dette privée et l’inclusion financière —, et les porteurs de projets miniers, énergétiques et d’infrastructures suffisamment avancés pour supporter une due diligence.
Pour les autres, l’exercice risque de se limiter à une collection de cartes de visite.
La croissance de la CEMAC est projetée à 2,9 % en 2026 par la BEAC, contre 3,5 % en 2025. À ce rythme, la sous-région ne financera pas sa transformation structurelle sur ses seules recettes internes ni sur la surliquidité de ses banques. Aller chercher le capital là où il se décide — y compris deux jours par an dans un hôtel de Westminster — relève moins de l’opportunité que de l’obligation.
Repères pratiques
| Événement | AFSIC – Investing in Africa, 13ᵉ édition |
| Dates | 13 et 14 octobre 2026 |
| Lieu | Park Plaza Westminster Bridge, Londres |
| Organisateur | African Investments Limited |
| Formats clés | Meet the Investor, Fund Spotlight, Deal Book, Deal Room, pitchs sur site, sommets pays, soirée MAD (billetterie séparée) |
| Inscription | www.afsic.net — tarifs dégressifs, inscription anticipée recommandée |
| Contact presse | Olivia Attenborough, Head of Digital Strategy — olivia@africaninvestments.co |
| Plateformes liées | www.africaninvestments.ai (African Investments Dashboard), www.businessopportunities.ai |






