Le 1er janvier 2029, le Gabon interdira l’exportation de manganèse non transformé. À un peu plus de deux ans de l’échéance, l’inventaire de ce qui a vraiment été construit s’impose.
Le 30 mai 2025, en Conseil des ministres, le président Oligui Nguema a annoncé l’interdiction formelle d’exporter du manganèse brut à partir de 2029. Le Gabon est le deuxième producteur mondial de ce minerai indispensable à l’acier, derrière l’Afrique du Sud. La décision a été présentée comme historique : rompre avec des décennies d’économie extractive et capter enfin la valeur ajoutée sur place.
Trois ans pour changer de modèle
Le gouvernement a accordé aux opérateurs une période de transition de trois ans. Il a aussi annoncé la création d’un fonds d’investissement public-privé dédié à la transformation du minerai. Le 16 juillet 2025, une commission interministérielle s’est réunie pour la première fois, présidée par le vice-président du gouvernement, afin de coordonner Mines, Économie, Industrie, Infrastructures et Formation.
Le point de départ est modeste. En 2024, le Gabon n’a exporté que 18 000 tonnes de silico-manganèse, moins du tiers des capacités réelles d’Eramet-Comilog. L’outil de transformation existe donc en partie, mais il tourne très en dessous de son potentiel.
Eramet entre prudence et alignement
Le groupe français Eramet, actionnaire majoritaire de Comilog, a d’abord réagi avec prudence. Il a pris acte de la décision et promis de travailler « en partenariat » avec l’État. Il a aussi rappelé ce qui était en jeu : Comilog et Setrag, qui exploite le chemin de fer Transgabonais, soutiennent 10 460 emplois gabonais.
Le groupe s’est ensuite aligné. Il a créé un poste de directeur de la transformation, confié à Clément Jakymiw. Le manganèse gabonais reste par ailleurs un moteur de ses comptes : il a tiré la croissance d’Eramet au premier trimestre 2026.
Les questions de l’inventaire
Transformer du manganèse coûte cher : il faut de l’électricité abondante et stable, des fours, des capitaux et des compétences. Ce sont exactement les ressources que le Gabon a du mal à réunir. D’où cinq questions précises.
- Quelles nouvelles capacités de transformation ont été décidées depuis mai 2025, et lesquelles sont financées ?
- Le fonds public-privé existe-t-il juridiquement, et combien a-t-il levé ?
- D’où viendra l’électricité des nouvelles unités ?
- Que deviennent les autres opérateurs miniers, plus petits, qui n’ont pas les moyens d’Eramet ?
- L’État a-t-il prévu une clause de sauvegarde si les capacités ne sont pas prêtes en 2029 ?
Une interdiction sans usines ne transforme rien : elle arrête les exportations. La crédibilité de la politique industrielle gabonaise se joue sur la réponse.






