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William Cage Fotchine : « L’espace de travail est fondamental pour le bon fonctionnement des entreprises »

Depuis bientôt un an, il est à la tête du premier espace dédié à l’architecture et au design d’intérieur en Afrique centrale. La matériauthèque, un magnifique showroom ouvert à Yaoundé, mais surtout, un concept nouveau porté par un Camerounais qui nourrit de grands projets sous son chapeau. Entre développement, expansion et nouvelles niches à explorer, l’homme d’affaires avoue ne pas dormir la nuit et le jour, c’est au pas de course qu’il gère ses entreprises en France et au Cameroun, ainsi que ses activités associatives. Nous l’avons rencontré à Yaoundé, il y a quelques jours. Avec passion, il nous emmène à la découverte des subtilités de son métier. Et parce qu’il est un fervent militant de bonnes conditions de travail, il n’hésite à pousser des coups de gueule en parlant des réalités actuelles du travail dans le contexte africain. L’échange a également permis à William Fotchine de parler de ses réalisations et de ses projets actuels et futurs pour l’Afrique.

Comment est né le projet de la matériauthèque dans votre esprit ?

Le projet part d’un constat simple. La finition intérieure est le parent pauvre de la construction en Afrique. On construit de très beaux immeubles mais la finition laisse à désirer. Nous avons, de façon invariable, un problème de finitions intérieures, que ce soit au Cameroun, au Gabon, en Centrafrique, en Afrique centrale ou en Afrique de l’Ouest, le constat est là. De ce fait, je me suis demandé ce qu’un africain comme moi, qui fait de la finition intérieure en France depuis une trentaine d’années peut apporter au continent. Et ma réponse n’a pas été aussi évidente. Elle est arrivée à Promote 2014. Nous avions pris un stand au pavillon français et à ce moment-là, on a aménagé un très bel espace et expliqué aux publics ce que nous faisions. On a eu un tel succès que je me suis laissé convaincre qu’il y avait un manque à combler. Et, je peux vous dire que onze mois après l’ouverture de la matériauthèque du Cameroun, c’est un vrai succès.

A travers la matériauthèque du Cameroun, vous voulez faire connaître le métier d’architecte d’intérieur. Bientôt un an après son ouverture, avez-vous le sentiment que votre concept commence à être compris par le public camerounais ?

Les gens comprennent et sont contents qu’il y ait eu une réponse aujourd’hui en Afrique centrale. Maintenant, il y a une partie qui ne comprend pas encore tout à fait. Mais, tout le monde est d’accord qu’il y a un besoin, d’abord parce qu’il y a une espèce de « mélangisme » aussi bien au niveau des maîtres d’ouvrage que chez les constructeurs. En Afrique centrale, au Cameroun précisément, ceux qui construisent sont convaincus de savoir faire la finition. Des architectes qui travaillent sur le clos-couvert s’imaginent faire de l’architecture d’intérieur sans que ce soit leur métier. Donc, il y a une partie des professionnels, des architectes qui sont contents du vide comblé et du fait de pouvoir travailler avec nous sur des projets. Une autre partie a estimé qu’on venait lui faire concurrence. Nous ne construisons pas. Nous faisons partie de ceux qui finissent. Enfin, il y a une partie qui découvre la finition intérieure aux normes internationales. D’ailleurs, si je regarde la typologie des marchés que nous avons remportés jusqu’ici, une partie provient des architectes qui ont souhaité qu’on leur apporte notre concours dans leurs projets.

Comment procédez-vous pour faire comprendre la pertinence de votre concept qui est tout nouveau au Cameroun ?

On a une démarche pédagogique et d’information, d’abord parce que c’est une obligation dans le métier. Chaque projet est unique en son genre. J’explique aux maîtres d’ouvrage institutionnels, en tout cas à ceux qui n’ont pas peur de franchir notre porte, que chaque opération se compose comme une équipe de football. Il y a le maître d’ouvrage (le donneur d’ordre), l’architecte qui construit, l’architecte d’intérieur qui finit, les ingénieurs qui viennent faire les calculs de la solidité du bâtiment. En plus, si on a peu d’argent, on rajoute les éclairagistes qui s’occupent de la lumière, etc. Sauf que chez nous, il y a une telle confusion que le maître d’ouvrage attribue parfois le projet à quelqu’un qui est à la fois constructeur, architecte d’intérieur, finisseur, alors que ce sont des métiers différents. On veut ramener de l’ordre dans ce métier. Donc on est confronté à une partie de personnes qui estime qu’on n’a aucune légitimité. Mais, ce sont les mêmes qui viennent nous voir par derrière pour finir leurs bâtiments. Ce sont autant de raisons qui nous font dire « quel succès ! ».

Vous promouvez la qualité de vie au travail, à travers une architecture d’intérieur qui optimise les performances des salariés. Pouvez-vous en expliquer l’intérêt aux chefs d’entreprise qui n’en saisissent pas l’importance ?

J’ai l’impression que la qualité de vie au travail n’est pas encore une préoccupation en Afrique. J’ai l’impression que les leaders de notre continent, ceux qui portent notre continent n’ont pas intégré cette notion qui, pourtant, est fondamentale. Je suis persuadée qu’il y a une vraie corrélation entre la productivité d’un salarié et le bien-être en entreprise. Un salarié qui est bien installé dans son espace de travail, avec une bonne thermie comme dans notre matériauthèque, qui est bien assis, qui n’a pas mal à la tête, mal au dos ou mal à la nuque, est plus productif. Le lieu de travail est aussi un lieu de vie. Puisqu’on y passe beaucoup de temps, autant mieux être confortablement assis. Bien-être, productivité et rentabilité est un triptyque que les entreprises africaines doivent adopter. Le salarié et l’entreprise sont gagnants dans ce contexte. Nous sommes sur ce credo-là en Europe. Et c’est ce que nous essayons d’emmener ici en Afrique. Certains grands chefs d’entreprise sont d’accord. Et d’ailleurs, pour les projets que nous avons en ce moment sur certains immeubles de bureaux qui se construisent à Yaoundé, les gens ont été séduits par ce triptyque. C’est d’ailleurs une recommandation du chef de l’Etat camerounais dans son discours d’investiture. Les conditions de travail de nos collaborateurs sont à prendre très au sérieux. Ça commence par l’aménagement de l’espace. C’est un point important. Il y a aussi les conditions salariales, la vie syndicale, mais tout commence par l’aménagement de l’espace de travail.

Quels sont les retours que vous recevez des chefs d’entreprises à qui vous parlez de l’importance de créer des conditions décentes de travail ?

En Afrique, nous avons une certaine mentalité. Les gens ont parfois besoin de voir pour croire. On a la chance d’avoir la matériauthèque où les clients peuvent venir avoir un aperçu de ce que nous pouvons offrir comme prestation et comprendre notre démarche, notre vision. Le client peut toucher. Il y a des gens qui disent que c’est cher ou que ça va leur coûter cher. A côté, il y en a qui disent que le bien-être de leurs collaborateurs n’a pas de prix. Il y en a qui comprennent. Vous comprenez que c’est une question de mentalité. Après il y a des personnes qui viendront vous dire qu’elles préfèrent acheter plusieurs dans l’année, des articles moins chers.  Ici à la matériauthèque, nous avons reçu des ergonomes, des spécialistes des maladies du travail qui nous bénissent, parce que personne ne les écoute. On connaît le nombre de camerounais victimes de troubles musculo-squelettiques, parce qu’ils sont mal assis au bureau. L’espace de travail est fondamental pour le bon fonctionnement des entreprises. Si les aménagements n’y sont pas bien faits, ça créé de l’anxiété, de l’absentéisme. Par contre, si vous leur fabriquez des locaux agréables, ils ont plaisir à y rester et à y travailler. On n’est pas dans du faire beau, mais dans du faire fonctionnel. On est dans des métiers concrets. Là, nous venons de remporter le marché de l’aménagement des salons VIP de l’aéroport de Nsimalen. C’est la porte d’entrée du Cameroun. Et là, on va faire quelque chose de formidable.

Où en est votre projet d’ouverture d’une école d’architecture d’intérieur au Cameroun ?

J’aurais vraiment réussi mon installation dans la zone Afrique centrale quand j’aurais mis sur pied cette école de finitions intérieures. On formera aussi bien à la conception architecturale qu’à l’exécution. Ce sont les deux niveaux d’ingénierie que nous souhaitons mettre en avant. On mettra l’accent sur l’exécution. Il y a de très belles conceptions ici au Cameroun. Mais, trouver du personnel qualifié pour exécuter ce qui a été conçu est très difficile. C’est un gros projet qui nécessite que je m’installe, que je rentabilise ce que j’ai investi jusqu’ici. Mais je vais le faire. C’est vraiment le projet qui me tient à cœur parce que pour l’instant on est sur l’élite. A un moment, on va devoir descendre et pour le faire, il faudra la main d’œuvre. Quand le notaire ou l’avocat du quartier aura besoin de locaux aux normes internationales, il faudra trouver des personnes qualifiées pour lui offrir ce service.

D’autres projets en perspectives au Cameroun et dans d’autres pays ?

Je ne dors pas la nuit, parce qu’il y a tout à faire. Je suis à la recherche d’argent pour monter des matériauthèques dans les têtes de régions du continent africain. Au Cameroun c’est fait. Mais, je compte aller en Côte d’Ivoire, au Nigeria, etc. J’aimerais également ouvrir un segment de prestations pour les particuliers. Nous y réfléchissons très sérieusement et envisageons de monter quelque chose sur Douala. On a plein de projets dans le domaine de l’architecture et du design d’intérieur. Le plus proche c’est le lancement du premier site de e-commerce des produits du design et de l’architecture d’intérieur. Ce sera la matériauthèque en ligne. Là encore, nous répondons à une forte demande, parce que nos locaux de Yaoundé ne sont pas une boutique. Or, les gens qui viennent veulent parfois acheter. Donc, le site permettra de gérer ce besoin. Pour l’instant, nous sommes dans le service. Ainsi, le site de e-commerce sera un outil de vente. Il  va être lancé en mi-février 2021. Il ne portera pas le nom de la matériauthèque, mais il sera une société de la matériauthèque du Cameroun.

Songez-vous intégrer les matériaux locaux (camerounais) dans les produits que vous proposerez à vos clients ?

Pour être franc, l’intégration des produits locaux est une évidence. Quand vous racontez l’histoire de quelqu’un, vous prenez ce qui relève de son essence. Si un client veut un matériau précis pour ses aménagements, nous faisons selon ses envies. On n’est pas en opposition avec les matériaux locaux. Il y a de très belles choses chez nous. Je ne comprends toujours pas pourquoi on doit acheter des portes à l’extérieur. J’en profite pour dire que j’ai en tête d’ouvrir une grande menuiserie industrielle. On a tout ce qu’il faut pour faire de très belles choses ici. Donc, bien sûr qu’utiliser les matériaux locaux nous intéresse.

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