De George Miller en 2016 à Park Chan-wook en 2026, retour sur les dix dernières personnalités ayant eu la lourde tâche de présider le jury du plus grand festival de cinéma au monde. Entre choix audacieux, palmarès historiques et visions engagées, plongée dans les coulisses de la fonction suprême de la Croisette.
Le Poids d’une Présidence : Rôle et Influence
Le rôle d’un président du jury à Cannes ne se limite pas à visionner des films en smoking ou en robe de soirée. Véritable chef d’orchestre d’une délibération souvent passionnée, le président est le garant d’une vision artistique. Sa sensibilité, son parcours et son regard sur le monde teintent inévitablement le palmarès final. Chaque présidence agit ainsi comme un baromètre de l’époque, reflétant les luttes sociales, les mutations de l’industrie et les nouvelles esthétiques du septième art.
Un président influent a le pouvoir de changer la trajectoire d’un film, de sacrer des œuvres radicales (à l’image de Titaneou Parasite) et d’envoyer un message politique fort à la communauté cinématographique internationale.

Les 10 Derniers Présidents (2016-2026) : Parcours et Réussites
En excluant l’année 2020 (annulée en raison de la crise sanitaire), la liste des dix derniers présidents dessine une carte passionnante du cinéma mondial.
- 2026 : Park Chan-wook – Le cinéaste sud-coréen préside le 79e Festival de Cannes. Auteur de films cultes, radicaux et esthétiquement sublimes (comme Decision to Leave ou Old Boy), il confirme par sa nomination l’ancrage définitif du cinéma asiatique au sommet de l’échiquier mondial.
- 2025 : Juliette Binoche – Succédant à Greta Gerwig, l’actrice française a pris la tête du jury de la 78e édition. Artiste aux multiples facettes et lauréate du prix d’interprétation féminine à Cannes en 2010, elle a incarné une présidence centrée sur l’émotion et l’humanisme.
- 2024 : Greta Gerwig – La réalisatrice et actrice américaine, figure de proue du cinéma indépendant devenue reine du box-office mondial (Barbie), a insufflé une énergie pop, féministe et moderne à la Croisette.
- 2023 : Ruben Östlund – Le réalisateur suédois, doublement palmé (The Square, Sans Filtre), a apporté son regard cynique, satirique et viscéralement attaché aux dynamiques de pouvoir et à la mise en scène.
- 2022 : Vincent Lindon – L’acteur français, couronné à Cannes pour La Loi du Marché, a offert une présidence passionnée, terrienne et résolument tournée vers le cinéma social et les questionnements moraux.
- 2021 : Spike Lee – Historique. Premier président noir du jury, le cinéaste américain a secoué la Croisette (et accidentellement dévoilé la Palme trop tôt !) avec son style iconoclaste, sacrant la fulgurance transgressive de Julia Ducournau.
- 2019 : Alejandro González Iñárritu – Le virtuose mexicain a récompensé le chef-d’œuvre Parasite de Bong Joon-ho, prouvant que le cinéma de genre croisé à une féroce critique sociale pouvait triompher à l’unanimité.
- 2018 : Cate Blanchett – L’actrice australienne, légende hollywoodienne et militante, a marqué l’année par sa fameuse montée des marches 100% féminine, réclamant haut et fort l’égalité dans une industrie post-#MeToo.
- 2017 : Pedro Almodóvar – Le maître espagnol, chantre de la passion et de la transgression, a dirigé un jury exigeant dans une édition très axée sur les questionnements éthiques de l’art contemporain.
- 2016 : George Miller – Le créateur de Mad Max, visionnaire de l’action, a créé la surprise en récompensant le cinéma intimiste, humaniste et social de Ken Loach (Moi, Daniel Blake), rappelant l’ouverture d’esprit absolue qu’exige la fonction.

Un Impact Indéniable sur l’Événement
L’arrivée d’un nouveau président est un événement en soi. Leur présence offre au festival une vitrine médiatique exceptionnelle. Mais c’est sur le tapis rouge et dans la salle de délibération que leur impact se mesure véritablement. Ils sont les garants de l’intégrité de la sélection. Sous l’impulsion de personnalités comme Cate Blanchett ou Spike Lee, la discussion autour de la parité et de la diversité est passée de simple revendication à une réalité mesurable dans les sélections et les palmarès. Le président donne le « la » artistique : une Palme d’Or choisie par Iñárritu ou Park Chan-wook n’a pas nécessairement la même résonance stylistique qu’une Palme choisie par Vincent Lindon.
Les Points Communs : L’ADN d’un Président
Bien que venant d’horizons géographiques et artistiques très différents, ces dix personnalités partagent des traits distinctifs forts :
- Une histoire intime avec la Croisette : La quasi-totalité d’entre eux a été découverte, primée ou consacrée à Cannes avant d’en devenir les gardiens. Ils connaissent intimement la pression et l’exigence du festival.
- Une aura incontestable : Ce sont des figures d’autorité, unanimement respectées par leurs pairs à l’échelle internationale, capables de fédérer un jury aux sensibilités multiples.
- Le cinéma comme engagement : Aucun de ces présidents ne considère le cinéma comme un simple divertissement. Qu’il soit formellement virtuose, militant ou satirique, leur propre art est toujours une réflexion puissante sur la condition humaine.
Au fil de cette décennie, la présidence du jury s’est affirmée non seulement comme un titre honorifique, mais comme un véritable outil d’influence, façonnant l’histoire du cinéma de demain à travers le prisme de géants d’aujourd’hui.



