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Blaise Pascal Tanguy : « Le Cinéma est le nouveau levier de croissance structurelle de l’Afrique »

Alors que les rideaux tombent sur l’édition 2025 de « L’Afrique fait son Cinéma », l’heure n’est plus seulement à la célébration artistique, mais au bilan comptable et stratégique. Dans un contexte de mutation numérique accélérée, Blaise Pascal Tanguy, Délégué Général du festival, revient pour cemac-eco.finance sur la nécessité de transformer nos récits en actifs financiers compétitifs. Entre levées de fonds, coproduction Sud-Sud et souveraineté culturelle, il livre sa vision d’une industrie qui pèse désormais dans les balances commerciales du continent.

Alors que les rideaux tombent sur l’édition 2025 de « L’Afrique fait son Cinéma », l’heure n’est plus seulement à la célébration artistique, mais au bilan comptable et stratégique. Dans un contexte de mutation numérique accélérée, Blaise Pascal Tanguy, Délégué Général du festival, revient pour cemac-eco.finance sur la nécessité de transformer nos récits en actifs financiers compétitifs. Entre levées de fonds, montée en puissance des coproductions internationales et séances de pitch musclées avec Scope Production, il livre sa vision d’une industrie qui pèse désormais dans les balances commerciales du continent.

cemac-eco.finance : Blaise Pascal Tanguy, quelle est la prochaine étape pour « L’Afrique fait son Cinéma » en termes de stratégie de développement, notamment sur l’intégration économique des marchés locaux et internationaux ?

Blaise Pascal Tanguy : L’horizon 2026 est celui de la maturité et de l’interconnexion globale. Notre priorité absolue est de briser le cloisonnement des marchés nationaux pour favoriser les coproductions Sud-Sud. L’économie du cinéma ne peut être viable sur le continent que si nous créons une masse critique : nous devons parvenir à ce que des capitaux d’Afrique de l’Ouest puissent financer des infrastructures de distribution en Afrique Centrale, ou que des talents du Maghreb collaborent avec des industries de pointe comme Nollywood.

Mais cette ambition ne s’arrête pas aux frontières du continent. Nous avons intensifié les coproductions internationales avec le reste du monde — Europe, Asie et Amériques — non plus dans un rapport de subvention, mais dans un modèle de partenariat équilibré. L’enjeu est de mutualiser les risques et d’élargir l’assiette de diffusion. Cette année, le Marché du Film, bien qu’étant dans sa phase expérimentale, a été le théâtre d’une effervescence particulière, notamment grâce aux séances de pitch nourries avec la société Scope Production. Ce partenariat stratégique a permis de confronter nos créateurs aux standards d’exigence des marchés mondiaux. En pitchant devant des experts de cette envergure, nos producteurs ont appris à structurer leurs projets pour qu’ils soient exportables sans perdre leur âme.

Cette stratégie globale repose sur trois piliers :

  1. L’harmonisation des cadres juridiques : Il est impératif de faciliter la circulation des équipes et des équipements entre les zones économiques et avec nos partenaires internationaux.
  2. La professionnalisation via le pitch : L’expérience avec Scope Production montre que la qualité du « package » financier et narratif est la clé pour attirer des capitaux étrangers et garantir des pré-achats internationaux.
  3. Le déploiement des infrastructures : Nous encourageons l’investissement dans les salles et le numérique pour que la valeur ajoutée de nos œuvres soit captée par les acteurs du continent tout en rayonnant à l’export. Le festival devient ainsi un incubateur de politiques publiques et un hub de négoce international.

cemac-eco.finance : Un dernier mot sur la place de la finance dans la culture ?

Blaise Pascal Tanguy : La culture sans finance est une noble passion, mais la culture adossée à une finance rigoureuse et à des partenaires de production solides est une puissance géopolitique. Pour que l’Afrique cesse d’être une simple consommatrice de récits venus d’ailleurs, elle doit investir massivement dans ses propres usines à rêves. Le cinéma est le seul investissement où le rendement est à la fois financier, social et identitaire.

À travers cette vision résolument pragmatique et l’ouverture vers des acteurs majeurs comme Scope Production, Blaise Pascal Tanguy rappelle que l’industrie cinématographique africaine est à un tournant historique. En passant de l’aide au développement à l’investissement stratégique et à la coproduction mondiale, le festival « L’Afrique fait son Cinéma » s’impose comme le laboratoire d’un capitalisme culturel africain, capable de transformer l’imaginaire en une richesse tangible, compétitive et universelle.