Au printemps 2026, la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran a fait passer le Brent au-dessus de 100 dollars. Pour cinq des six pays de la CEMAC, c’était une manne. La vraie question est ce qu’ils en ont fait.
Les crises pétrolières ont une vertu pour les pays producteurs : elles révèlent leurs choix. En 2014, la CEMAC avait dépensé la rente des années fastes avant de voir les cours s’effondrer. La zone avait dû appeler le FMI au secours en 2016. Dix ans plus tard, une nouvelle flambée offre l’occasion de vérifier si la leçon a porté.
Trois mois de flambée
Le conflit militaire déclenché en mars 2026 a désorganisé le passage par le détroit d’Ormuz. Le Brent a dépassé 100 dollars en avril et mai. Les séries de prix spot le situent près de 117 dollars à la mi-mai. En juin, un accord-cadre entre Washington et Téhéran sur la réouverture du détroit a fait retomber les cours autour de 70 dollars début juillet, avant un rebond vers 90 dollars fin juillet. Pour mémoire, le baril valait en moyenne 63 dollars au quatrième trimestre 2025.
Pour le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, dont le pétrole représente l’essentiel des exportations, ces semaines ont gonflé les recettes budgétaires et les entrées de devises. La Centrafrique, importatrice nette, a subi le choc à l’envers.
Le cas particulier du Cameroun
Le Cameroun illustre la complexité du sujet. Il exporte du brut, mais il importe l’essentiel de ses carburants depuis l’incendie de la raffinerie de la SONARA en 2019. Il subventionne aussi les prix à la pompe. Une flambée du baril augmente donc ses recettes pétrolières, mais aussi sa facture de subventions et d’importations. Le solde net est incertain et mérite d’être calculé, pas supposé.
Où est passé l’argent ?
Plusieurs indices méritent d’être rapprochés.
- Les réserves de change. Elles avaient reculé de 13,2 % en 2025. La BEAC a abaissé son taux directeur le 29 juin, ce qui suppose une certaine confiance dans la position extérieure de la zone. Les réserves ont-elles réellement remonté au deuxième trimestre ?
- Les lois de finances rectificatives. Le Gabon a promulgué la sienne le 17 juillet et porté son plafond d’emprunt extérieur à 1,5 milliard de dollars. Une manne pétrolière qui s’accompagne d’un relèvement du plafond d’endettement pose question.
- La dette. Au Cameroun, 87 % des prêts signés en juin étaient non concessionnels, donc plus chers. La flambée n’a pas desserré la contrainte de financement.
La règle qui manque
La CEMAC n’a toujours pas de mécanisme commun et contraignant pour épargner les recettes exceptionnelles. Chaque État décide seul. Les fonds pour les générations futures existent parfois sur le papier, mais les montants versés restent faibles et peu publiés.
Le Brent a retrouvé des niveaux plus sages, et Goldman Sachs table sur 80 dollars au quatrième trimestre. La fenêtre s’est donc refermée. Il reste à mesurer ce qu’elle a laissé : des réserves reconstituées, des arriérés payés, ou des dépenses qui devront être financées quand le prochain choc arrivera dans l’autre sens.






