La production de coton du Tchad a bondi de 160 % lors de la campagne 2025-2026. C’est une bonne nouvelle pour les paysans du Sud. C’est aussi un rappel : l’Afrique centrale exporte sa fibre et importe ses tissus.
Le chiffre figure dans une brève du Trésor français consacrée à la zone CEMAC : la production cotonnière tchadienne a augmenté de 160 % en une campagne. Dans un pays où le coton fait vivre une grande partie du bassin méridional, autour de Moundou et des deux Logone, un tel rebond compte. Il se traduit en revenus agricoles, en emplois saisonniers dans les usines d’égrenage et en devises à l’exportation.
Comprendre le rebond
Une hausse de cette ampleur ne s’explique jamais par un seul facteur. Plusieurs pistes méritent d’être vérifiées :
- Le prix d’achat au producteur, qui détermine combien de paysans sèment du coton plutôt que des vivriers.
- La disponibilité des intrants, engrais et semences, souvent préfinancés par la société cotonnière.
- La pluviométrie de la saison.
- La sécurité dans les zones de production.
- L’effet de base : une campagne précédente très faible gonfle mécaniquement le pourcentage.
Ce dernier point est essentiel. Un bond de 160 % après une année catastrophique ne raconte pas la même histoire qu’un bond de 160 % après une année normale.
Où part la fibre ?
Le Tchad exporte l’essentiel de sa fibre sous forme brute. La valeur ajoutée, c’est-à-dire la filature, le tissage et l’impression, se fait ailleurs, souvent en Asie. Les pagnes vendus ensuite à Douala, N’Djamena ou Libreville en reviennent parfois, imprimés et importés.
C’est le paradoxe cotonnier de la CEMAC. La région produit la matière première, dispose d’un marché de plus de 60 millions de consommateurs, mais n’a presque pas d’industrie textile intégrée. Le rebond tchadien pose donc une question qui dépasse le Tchad : un cotonnier de Moundou et une imprimerie de Douala peuvent-ils travailler ensemble sous le tarif extérieur commun ?
Ce que le rebond doit prouver
Une bonne campagne ne fait pas une filière. Pour que le rebond dure, il faudra que les paysans soient payés à temps, que les intrants arrivent avant les semis et que les prix mondiaux ne s’effondrent pas. C’est à la prochaine campagne qu’on saura si le Tchad a changé de trajectoire ou connu une bonne année.






